Le grand silence des ondes : quand les géants de la radio s'éteignent
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Par f4guk |
10 Juillet 2026 |
dans : Culture, Radiodiffusion
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Un grésillement, un sifflement caractéristique, puis... le vide. Pour les passionnés d'écoute de la radio-diffusion, une page d'histoire technologique vient définitivement de se tourner.
En l'espace de quelques années, et de manière encore plus frappante ces derniers mois, les fréquences mythiques des Grandes Ondes (GO) et des Ondes Courtes (OC) se sont vidées de leurs voix historiques.
L'hécatombe des Grandes Ondes européennes
Les auditeurs français s'en souviennent : le premier grand coup de tonnerre a retenti fin 2016, lorsque France Inter a cessé d'émettre depuis le gigantesque émetteur d'Allouis (162 kHz).
Quelques années plus tard, entre 2020 et 2023, les stations périphériques privées comme Europe 1 (Felsberg), RMC (Roumoules) et RTL (Beidweiler) ont successivement coupé leurs émetteurs AM
hautement énergivores.
Dernier bastion en Europe de l'Ouest, le Royaume-Uni vient de clore cette ère. Le 27 juin 2026, la BBC a définitivement éteint le signal Grandes Ondes de Radio 4 (198 kHz)
après près d'un siècle de bons et loyaux services. Le mythique bulletin météo marin (Shipping Forecast) n'y résonnera plus, victime du coût exorbitant de maintenance d'équipements déclarés obsolètes.
Les balises du temps s'effacent
Le phénomène dépasse les frontières de la simple radiodiffusion de divertissement. Les signaux horaires et stations de services scientifiques, qui permettaient de calibrer les horloges et d'étudier
la propagation des ondes, s'éteignent eux aussi.
Le Canada vient d'en faire la triste expérience : le 22 juin 2026, la célèbre station de temps CHU du Conseil national de recherches Canada, qui transmettait ses tops horaires continus
et sa voix caractéristique sur les ondes courtes (3330, 7850 et 14670 kHz), a cessé ses émissions après plus de 80 ans d'activité, emportée par des coupes budgétaires.
Une exception notable : L'émetteur français d'Allouis continue de diffuser — à puissance réduite pour économiser l'énergie — le signal horaire de l'ANFR
(Oui, c'est depuis 2019 que notre agence de tutelle gère la diffusion sur les ondes, des signaux de l'horloge atomique française), mais il ne transporte plus aucune voix humaine depuis bien longtemps.
Toujours là, mais pour combien de temps encore, là est la question, car désormais la syncho de temps, s'opère surtout par les satellite de type GNSS (GPS, Galileo, etc.), par Internet via le protocole NTP (Network Time Protocole),
et peut-être dans un avenir proche via les stations de base 5G.
L'avenir est au numérique ?
L'occident a fait le choix du tout numérique.
Le passage de la modulation d'amplitude (AM) au DAB+ (Digital Audio Broadcasting), c'est un peu comme passer de la cassette VHS au streaming en 4K.
On change totalement de paradigme technologique: d'avantage de place disponible pour les stations, une meilleure qualité audio, un affichage de données enrichies,
des économies d'énergie et de coûts, une recherche de station simplifiée... on nous présente généralement que des avantages.
Mais la réalité est bien différente, car le DAB+ est prisonnier de la ligne d'horizon: un émetteur DAB+ performant diffuse rarement au-delà de 50 à 80 kilomètres et la coupure est immédiate:
ca fonctionne ou... plus du tout ! Il faut donc de nombreux émetteurs pour quadriller un territoire. Alors adieu aux auditeurs de l'autre bout du monde !
Récepteur DAB - DAB+ Panasonic
Le DRM (Digitale Radio Mondiale) mode numérique prévu pour les ondes courtes peine à trouver ses auditeurs. L'idée est pourtant bonne: on garde les émetteurs Ondes-Courtes et on les équipe d'un système DRM.
Mais les auditeurs ne se bousculent pas: la faute probable à des récepteurs DRM qui sont rares et bien plus chers qu'un petit poste Onde-Courtes analogique.
Ils demandent aussi plus d'énergie: là ou une simple pile de 4.5 Volt tenait le récepteur allumé pendant un mois,
les tests d'autonomie pour un récepteur numérique autonome sont très décevants: une douzaine d'heure en moyenne pour un petit poste récepteur portable est désormais souvent la norme.
Là où ce n'est pas un problème en Europe, où des prises électriques sont généralement disponibles à proximité, ce n'est pas la même problématique, lorsqu'on est au fin fond de la savane africaine, notamment.
L'Europe et l'Amérique du Nord ont massivement misé sur le déploiement du DAB+ et de la radio par Internet (4G/5G/Fibre).
Pour ces pays, la DRM est souvent perçue comme une technologie du passé ou "réservée aux pays en développement", ce qui freine les investissements mondiaux et donc la baisse des prix des puces électroniques.
Récepteur DRM Gospell
La nature a horreur du vide : l'offensive chinoise
Alors que les pays occidentaux désertent massivement le spectre analogique au profit du streaming internet, des applications mobiles et de la radio numérique (DAB+),
ces fréquences autrefois saturées ne restent pas vides bien longtemps.
Sur les ondes courtes, un phénomène saute aux yeux (ou plutôt aux oreilles) de quiconque fait tourner le bouton de son récepteur : la présence hégémonique de la Chine.
Via l'organisme d'État CNR (China National Radio) et sa voix internationale Radio Chine Internationale (RCI), Pékin rachète ou occupe les créneaux et les antennes laissés vacants.
Disposant d'émetteurs d'une puissance colossale sur son propre territoire ainsi que de relais loués en Afrique, en Europe de l'Est ou à Cuba, le pays s'assure une couverture mondiale.
Là où Radio Canada International, la BBC World Service (en version analogique) ou Voice of America ont drastiquement réduit la voilure
(je ne parle même plus de Radio France Internationale (RFI) qui semble n'être plus qu'un simple site web, avec une poignée de fréquences DAB+... *voir note en bas de page),
la Chine diffuse 290 heures de programme chaque jour à travers le monde, et ce en 43 langues, projetant son soft power dans le "bruit de fond" d'un spectre radio délaissé par l'Occident.
Un basculement à la fois technologique, culturel et profondément géopolitique.
A quand une radio chinoise sur les Grandes Ondes pour l'Europe ?
*RFI : Un lecteur me faisait remarquer que RFI existait toujours sur les Ondes Courtes. Et il a totalement raison, j'ai un peu exagéré les concernant, c'est vrai...
mais leurs créneaux sur les Ondes Courtes ont tellement diminués au cours des années que ça fait un peu peine à voir.
Mais ce n'est pas une raison pour faire disparaitre trop vite leur précieux travail de communication mondiale. Je vous invite donc à retrouver la
liste de leurs émissions avec fréquences et horaires, ici.
Merci Steven !

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