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C'est quoi être radioamateur au XXIème siècle ?
Par f4guk14 Février 2026dans : Culture
 

Combien de fois ais-je entendu, à la vue d'une de mes antennes: -"Ah oui, moi aussi, je faisais de la CB dans les années 90 !". Ou pour les plus jeunes : "Contacter le monde entier ? Ben, je fais ça avec Whatsapp !". Mais alors, qu'est ce que ça veut dire être radio-amateur au 21ème siècle ?

Ce qui rapproche les cibistes et les radio-amateurs, c'est leur intérêt pour la radio et les communications entre-eux, par ce média sans fil.
Dans ces deux mondes, certains recherchent des contacts à de grandes distances, d'autres plutôt des contacts avec des copains locaux. Ce sont donc des cousins, qui font partie de la même famille.

Lequel choisir ? Citizen Band, Ham radio ou Smartphone ?

Si la Citizen Band est née dans les années 50 (aux USA), d'un souhait de communiquer "librement" par radio, c'est surtout dans les années 80s et 90s, qu'elle a fait parler d'elle en Europe, avec sa légalisation et la mise en place d'une norme.

En France, la norme de la Citizen Band a évoluée (PTT, CEPT, ARCEP) au cours des années et désormais elle est fixée à 40 canaux AM/FM/SSB avec 4W max (en attendant une hypothétique harmonisation européenne, potentiellement plus généreuse, mais qui peine à venir).

Cependant, le but de cet article n'est pas de servir de fourre-tout juridique et d'énoncer des normes indigestes !

Il s'agit simplement de vous montrer que les autorisations d'utilisations des fréquences de la CB sont extrêmement réduites: son utilisation est libre (comprendre "non soumise à redevance"), mais juste en phonie, sur quelques canaux d'une bande de fréquence à la propagation très fluctuante et avec très peu de puissance.


Les radio-amateurs ont bien plus de droits, même s'ils ont aussi des devoirs.

Pour commencer, ils doivent être titulaires d'un certificat d'opérateur des services d'amateur et d'un indicatif unique attribué par l'ANFR (Agence Nationale des Fréquences). Le certificat s'obtient en passant un examen des connaissances réglementaires et techniques. Notez que cet examen (appelé aussi "Licence") s'est bien simplifié avec le temps: adieu épreuve de morse compliquée, bye-bye points négatifs du QCM, etc.

Une fois "indicativé" le radio-amateur a le droit d'utiliser de multiples bandes de fréquences, des Grandes Ondes (136 kHz) jusqu'au hyper-fréquences (250 GHz), avec des statuts différents, avec des puissances qui dépendent des bandes utilisées, mais qui n'ont rien à voir avec la Citizen-Band.

Là, non plus, je ne vais pas reprendre toute la réglementation dans cet article, si vous désirez approfondir le sujet, je vous invite à consulter l'excellent document du radio club F6KGL et tout particulièrement les cours de Jean-Luc F6GPX.


A mes yeux, les droits les plus fondamentaux et importants pour les radio-amateurs sont:

- le droit à l'antenne. Pour faire court, tant que l'on est conforme au Plan Local d'Urbanisme (PLU), les antennes sont autorisées.

- le droit à l'expérimentation. Alors c'est surtout CE droit qui est fabuleux, car il autorise le radio-amateur a construire ses propres émetteurs-récepteur, sans qu'ils aient besoin d'être "homologués" ("CE" ou autre norme locale).

Alors attention, ça ne veut pas dire qu'il a le droit de faire ou de construire n'importe quoi qui pourrait perturber les autres utilisateurs ! Les différentes autorités de tutelle considèrent que les examens passés par l'opérateur lui permettent de concevoir des systèmes de transmission -avec ses impératifs filtrages- qui ne perturberont pas les autres utilisateurs du spectre radio-électrique.

Bon, ok, mais si l'appareil construit perturbe quand même ? Eh bien, il aura évidemment des comptes à rendre, alors il vaut mieux ne pas perturber !

Expérience en cours: transmettre sa position géographique captée par GPS sur une fréquence utilisée par les chauves-souris (transmission de signaux WSPR sur le 136 kHz)

Qu'est ce qui peut expliquer ce "droit à l'expérimentation" et toutes ces bandes de fréquences autorisées, dans ce monde d'aujourd'hui où les libertés sont doucement grignotées ?

Le radio-amateurisme est né avec la radio, il y a plus d'un siècle.
A l'époque, tout était à découvrir dans le tout nouveau monde naissant de la radio, et ce sont les radioamateurs, à force de mesures, de tests, de constructions puis d'expérimentations, qui ont permis les premiers contacts, les premiers échanges trans-océaniques, et l'utilisation de fréquences de plus en plus élevées.

Aujourd'hui encore, des systèmes de communication sont conçus par des radio-amateurs à travers le monde, sans rien en attendre en retour, par simple passion.

C'est donc en hommage aux services rendus par la communauté que différentes bandes de fréquence lui restent attribuées.

Les radio-amateurs peuvent donc, transmettre des signaux radio sur des bandes très basses à très élevées, pour des communications entre eux, de point à point (d'une station à l'autre), mais aussi via relais, parfois même situés en orbite sur des satellites. Au moment où vous lisez ces lignes, des dizaines de satellites radio-amateurs sont présents au dessus de nos têtes en géostationnaire ou en orbite basse (comme notamment l'ISS qui intègre plusieurs relais radio-amateurs (APRS, phonie)). Ils transmettent alors leur voix, des signaux, des données, des images, des signaux de télévision, etc.

Les méthodes de transmissions sont variables, en fonction de leurs centres d'intérêt: la phonie avec un microphone, se voit de plus en plus dépassée par des systèmes numériques (FT4, FT8,...) qui sont bien plus performants (même si cela "déshumanise" bien un peu les contacts, il faut le reconnaitre), mais ils permettent avec peu de puissance d'émission et sans parler leur langue, de contacter le monde entier. Certains modes, comme le Q65, permettent même de communiquer largement en dessous du niveau du bruit, avec la reconstitution du signal original par la moyenne de plusieurs réceptions de transmissions. Ce sont donc, vous l'aurez compris, des échanges via ordinateurs.

Ce qui n'empêche pas les modes plus "anciens", tel le morse ou le radio-télétype, de continuer à exister. Il y a de la place pour tous !

Ces dernières années, les expérimentations en LoRa ont le vent en poupe dans la communauté...


Mais je peux aussi communiquer avec le monde entier avec mon smartphone ! s'entend-on donc dire aussi parfois.

C'est vrai, et si ça te convient, c'est très bien. Mais le radio-amateur expérimentateur ne se contente pas d'être un simple utilisateur: il souhaite être acteur, comprendre, construire, bref, apprendre.

On pourrait citer le cas de certains jeunes amateurs de technologies informatiques aux Etats Unis, il y a déjà quelques années déjà, qui -un jour- ont appris que les fréquences du WiFi 2.4 GHz et 5 GHz étaient accessibles aux expérimentations radio-amateurs (et pas avec les même restrictions qu'une utilisation WiFi personnelle): au cours des années suivantes, le nombre de jeunes radio-amateurs aux USA a explosé !
Et désormais, nombreux sont les amateurs américains de FabLab, qui ont un indicatif en poche. Parfois c'est la structure elle-même qui intègre un radio-club.

Parce que le monde radio-amateur, ce n'est pas un vieux barbu qui parle de jardinage dans son micro avec ses copains (euh... je ne vais pas vous mentir: il en reste !), le radio-amateurisme c'est aussi être à nouveau acteur d'une technologie qui nous échappe de plus en plus, une méthode pour ne pas être que de simples "smartphone-zombies".


Le radio-amateurisme, c'est aussi une communauté.

Excusez du peu, mais agé désormais d'un siècle, le radio-amateurisme est le tout premier réseau-social technologique de l'humanité !

Sur les ondes, ou lorsqu'ils se réunissent dans les radio-clubs ou lors des salons, les échanges d'informations et l'entraide sont la priorité.
Quelqu'un rencontre un problème technique ? Un autre a déjà dû trouver une solution !
Et l'émulation collective, le partage de solutions techniques, ça n'a l'air de rien mais... je cite souvent ce proverbe : "Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin": il s'applique tellement bien à la communauté radio-amateur !

Comme dans tous les domaines, il y a bien quelques grognons nostalgiques du "c'était mieux avant", mais depuis toujours, le radioamateurisme avance, avec ou sans eux...

Et ne pensez-pas que les radio-amateurs sont anti-smarphones: il y a une quantité d'appli plus géniales les unes que les autres pour faire de la radio "autrement" : Géolocalisation et messages en APRS, liens vers des relais ou vers les stations EchoLink (pour faire de la radio, même sans radio !), codages et décodages d'images ou autres signaux divers... si vous cherchez sur les pages de ce blog, vous trouverez de nombreux exemples.

Et pas question de s'arrêter à un banal "sky is the limit" (la limite est le ciel), puisque de nombreux astronautes sont eux-aussi radioamateurs, et qu'il est parfois possible de les contacter sur nos fréquences lorsque leur temps libre le permet. D'autres radio-amateurs s'intéressent au décodage des sondes spatiales, utilisent la Lune comme réflecteur ou retapent des radio-télescopes... il est bien loin, en dessous, le ciel !

Alors si ça vous dit de venir vous (ré)approprier la technologie, expérimenter des projets qui utilisent des systèmes de transmission ou juste d'en savoir d'avantage, venez voir les radio-amateurs de votre secteur: Il y a probablement un radio-club pas si loin de chez vous, où vous serez très bien accueillis, et ils seront très heureux de vous aider à passer votre examen d'opérateur. De mon côté, je suis sur le radio-club F6KMX, de Saint Maur des Fossés (94). Si vous êtes dans le coin, venez un vendredi soir nous faire un coucou !

Certains préfèrent utiliser leurs radios juste pour contacter les copains du coin ? Et ils ont raison aussi !
Et c'est ça qui est chouette dans le monde du radio-amateurisme: il est tellement vaste qu'il y a mille et une façon de l'aborder et d'en utiliser les possibilités.

Ca sera à vous de trouver la votre !



Les (-)

- Passage de l'examen d'opérateur obligatoire,
- Antennes sur la maison,
- Toujours un petit sac rempli de bric à brac radio à prendre en plus pour les vacances,
- Temps libre qui fond comme neige au soleil,
- Sifflements et bip-bip bizarres qui s'échappent régulièrement du local radio.


Les (+)

- Examen désormais plus facile,
- Les antennes servent de support pour les oiseaux,
- Découverte de technologies insoupçonnées,
- Intérêt sur le fonctionnement de notre soleil et de la modification de la propagation des ondes qu'il provoque régulièrement,
- Quête des essaims météoritiques, des orages ou des avions en haute altitude qui permettent de faire de la radio "autrement",
- Ouverture sur le monde: géographiquement, sociologiquement, scientifiquement, ...

Ajout / complément: Transmettre des images en radio, c'est possible ?

 

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