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Icom IC-7610: La bête qui ne dort pas sur ses deux oreilles
Par f4guk 02 juillet 2026 dans : TXRX
 

Si vous me lisez, vous savez que j’aime utiliser le matériel pendant des années (parfois nombreuses), avant de vous dire (enfin, de vous écrire) ce que j’en pense. Tellement longtemps, que généralement, ce matériel n’est plus en vente -en neuf- depuis bien longtemps. A la demande d’un copain, qui s'intéresse à cet appareil, je fais une exception aujourd’hui, avec l’Icom IC-7610, qui est toujours disponible chez les vendeurs pros, au moment où je rédige cet article.

J'en ai utilisé un pendant deux ans, et je dois reconnaître que l’ergonomie de ce type d’appareil est loin, bien loin d’un poste d’aspect traditionnel comme l’IC-9100 ou même le petit Yaesu FT-991 qui possède pourtant aussi un petit écran tactile.

Si le monde des radioamateurs était un film de science-fiction, l'IC-7610 serait probablement le vaisseau amiral. Sorti des lignes de production d'Icom pour succéder aux légendes, ce transceiver SDR (SDR pour Software Defined Radio, ou "Radio Définie par Logiciel" pour les puristes) est un véritable piège à ondes.

En ces deux ans d'utilisation, j’ai pu me rendre compte qu'il ne se contentait pas de recevoir la radio: il la dissèque, il l’émince, la taille en carpaccio !


Deux postes Icom: un IC-9100 et un IC-7610
Deux conceptions très différentes d'émetteur-récepteurs radioamateurs : Icom IC-9100 et IC-7610


Le "Direct Sampling": Adieu les mélangeurs, bonjour la pureté

Techniquement, l'IC-7610 est un adepte de l'échantillonnage numérique direct. Contrairement aux vieux coucous superhétérodynes qui s'embêtent à mélanger les fréquences avec des oscillateurs locaux (ce qui crée du bruit et des signaux fantômes), l'IC-7610 prend le signal HF directement à l'antenne, le balance dans un convertisseur analogique-numérique (ADC) 14-bit ultra-rapide, et laisse les puces FPGA faire la magie.

En clair : Le signal est numérisé tellement vite et tellement haut que le bruit de fond s'écrase. Si vous n'entendez pas un DX sur cet appareil, c'est soit que l'émetteur de votre correspondant est éteint, soit le gars est parti boire un café !

Le double récepteur: Pour les schizophrènes des ondes

C’est la killer-feature que l’on peut utiliser au quotidien : deux récepteurs totalement indépendants.
• À gauche (Main): Vous réalisez des QSO sur le 20 mètres.
• À droite (Sub): Si vos antennes ne sont pas trop proches l’une de l’autre, vous pouvez surveiller en simultané le 40 mètres pour voir si les copains du radio-club local ne sont pas en train de raconter des bêtises.

Bon, je dois reconnaître que je n’ai jamais trop utilisé ce type de fonctionnalité de double écoute, même si techniquement, oui, il en est capable, mais c’est juste parce que je sais que les copains ne racontent jamais de bêtises !

Le tout est affiché sur un écran tactile de 7 pouces qui est plus réactif que le tableau de bord d'une Tesla. La Waterfall (l'affichage en chute d’eau) est tellement précis qu'on peut presque deviner si le gars en face utilise un micro d'origine ou un micro de studio.

La fiche technique qui fait briller les yeux

Pour impressionner les collègues au prochain salon radio, voici les chiffres qui comptent :

Caractéristiques
Ce que dit la brochure
Ce que ça veut dire en vrai
Architecture
Direct Sampling SDRPas de quartz qui vieillit mal, tout est logiciel et ultra-propre.
RMDR
110 dB (à 2 kHz)Vos voisins peuvent émettre à 500 Watts à côté, vous continuez à écouter la QRP de 5 Watts sans transpirer.
Écran
Écran tactile couleur 7"Idéal pour pointer du doigt un signal inconnu et dire : «Tiens, qu'est-ce que c'est que ça ?»
Digi-Sel
Pré-sélecteur automatiqueUn garde du corps électronique qui jette les signaux indésirables avant qu'ils n'atteignent l'ADC.

Les petits plaisirs coupables

Soyons honnêtes, posséder un IC-7610, c'est aussi développer quelques manies:

1. Le tapotage d’écran compulsif: Cliquer sur un signal sur la waterfall plutôt que de tourner le bouton de VFO (alors que le bouton de VFO est lesté à la perfection et procure un plaisir tactile indéniable).

2. La guerre des horloges: Brancher une horloge de référence externe 10 MHz (au rubidium ou GPS) juste pour pouvoir dire, quelque peu bouffi de vantardise: « Je suis calé au hertz près », alors que votre correspondant, ce loser, est décalé de 40 Hz avec son vieux TX antédiluvien ! (humour, hein !)

3. La sortie DVI: Brancher l'Icom sur un écran 24 pouces dans le shack juste pour le plaisir d'avoir une cascade de signaux géante, digne de la NASA. Par contre, le standard DVI commence à dater un peu: tous les écrans ne possèdent désormais plus ce type de connecteur.


Panneau arrière d
Icom IC-7610 - Panneau arrière et connecteurs


Noces de cuir: Le verdict des 2 ans de vie commune

L'IC-7610 n'est pas juste un poste de radio, c’est un piège à bruit de fond. Sa capacité à extraire un signal du néant grâce à ses filtres APF, Notch, et son NR (Noise Reduction) ultra-efficace en fait un compagnon de route redoutable.
Il est plaisant à utiliser, même si certaines fonctionnalité obligent parfois a aller farfouiller dans les divers écrans. Mais c’est la logique de fonctionnement de cet appareil. En deux ans, il est certain que je n’ai pas pas utilisé toutes ses possibilités et fonctionnalités: loin de là !

Cependant, après ce temps passé à ses côtés, voici tout de même quelques points que j'ai pu relever:

Les (-)

- Boite d’accord que je trouve bizarrement moins rapide que celle de l’IC-9100.

- Parfois, il y a saturation de l’entrée HF (mais il l’indique sur l’écran): il faut alors couper un des préamplificateurs disponible, voir mettre l’atténuateur.

- Certains se plaignent que l’écran peut « se marquer ». Une fonction économiseur qui l’éteint automatiquement est désormais disponible dans les paramètres. C’est certainement très efficace, mais c’est sûr que sans écran allumé, il est moins fun et un peu moins pratique… rassurez-vous, il se rallume vite et automatiquement si besoin.

- Lorsqu’il n’est pas utilisé, un accu permet de garder notamment le comptage de l’horloge interne, mais celui-ci fini tôt ou tard par tomber en panne, et alors, c’est la grosse galère pour le changer, car il est directement soudé sur une carte de l’appareil. A quoi ses concepteurs ont-ils pu penser, pour laisser passer une telle absurdité coté maintenance ?

- Même débridé, il ne donne pas accès au 70MHz, (ni au 40 MHz en émission). Pas très grave pour nous, en France, pour le moment… mais pour les autres pays qui ont le droit d’utiliser ces bandes ? (Oui, pour ceux qui se le demandent: le 27MHz est accessible...)

- L’écran est sympa et il peut être piloté par une souris, mais… très partiellement seulement: la zone accessible à la souris est limitée au pourtour de la waterfall. Au dessus de celle-ci, des mini boutons sont cliquables (et uniquement à travers le pointeur de la souris, pas avec le tactile de l’écran), mais pas question de cliquer sur les autres boutons ou de se balader avec la souris dans les menus… oui, c'est assez bizarre comme navigation.

- Des choix de conception sont très discutables pour un poste de ce prix: des dissipateurs thermiques sont juste collés sur certains circuits afin de dissiper leur excès de calories… c’est pérenne ça, comme solution, M’sieur Icom ? De nombreux utilisateurs ayant retrouvé les fameux radiateurs décollés, et se baladant dans le poste: il semble bien que non.


Ecran de gestion des sorties d'antennes
Icom IC-7610 - Le gestionnaire de sélection d'antennes:
Notez la présence du pointeur de souris, qui ne peut accéder qu'à la section de fenêtre waterfall (spectrum scope).


Les (+)

Indication de tension et de température sur l'écran - Ses filtres en réception n’ont rien à voir avec ceux d’un appareil comme le SunSDR DX, déjà présenté sur ces pages. Pas d’effets de bords bizarres: c’est propre et sacrément efficace.

- Il ne chauffe pas. C’est vraiment incroyable, mais même après des heures de fonctionnement avec des transmissions dans les modes numériques les plus exigeants, son indicateur de température intégré ne monte (quasi) pas. Alors peut-être qu’il n’indique pas correctement la température, car certains copains semblent rencontrer des problèmes de ce côté là (voir l'article de F1NQP).

Mais de mon côté, le boîtier est toujours resté « frais » au toucher, même par des températures voisines des 30°C dans le shack. Il est vrai que je ventile aussi l'arrière du matériel dans le shack: il y a toujours une circulation d'air (même chaud) entre le mur et l'arrière du matériel.

- L’allumage peut se réaliser via le Cat-System. Vous lancez le logiciel qui le pilote et hop: il s’allume ! (Ce qui veut aussi dire qu’il ne se coupe jamais vraiment, tant qu’il est alimenté en 13,8V). Il se rallume aussi à travers le réseau et son application de "remote" (pilotage à distance).

- Il peut directement être connecté sur le réseau local afin d’être piloté à distance. Pas besoin de boîtier annexe ni de PC connecté dessus en USB: tout est nativement pilotable.

- Pour les amateurs de Hifi-SSB, l’ouverture de la bande passante à l’émission en SSB est possible jusqu’à un bon 100 Hz à 2,9 kHz. (en réception, c’est 3 kHz en SSB et 3,6 kHz en SSB Data)

Affichage des informations techniques liées à l'émission
Icom IC-7610 - l'affichage des mesures techniques
J'aime beaucoup l'affichage simultané des infos liées à l'émission, même si cela réduit considérablement la waterfall


Conclusion

Ce transceiver est considéré comme de haute-moyenne gamme: certains appareils plus élitistes de chez Icom (tel l'IC-7760) sont (ou ont été) vendus bien plus chers que lui et ce sont eux les véritables "hauts de gamme" de la marque.
Cependant, avec un prix de vente neuf actuel dans les 3500€, souffrir de problèmes de conception, tel que cet accumulateur inchangeable, les dissipateurs thermiques qui se décollent ou l'écran qui doit être éteint pour limiter les risques de marquage, ça ne fait pas très sérieux.

Malgré tout, il me faut reconnaître que de mon côté, je n'ai jamais rencontré de problèmes avec cet appareil sur les deux ans où je l'ai utilisé, souvent dans des conditions difficiles, et lors de contacts dans des modes numériques, généralement plus exigeants pour la machine que des petits échanges en phonie. Cela représente plus de 10000 QSO numériques au compteur. Je n'ai donc jamais eu besoin de l'ouvrir.
L'affichage du spectre sur son écran m'a, en outre, permis de localiser en fréquence de nombreuses expéditions que j'aurais probablement ratées sans lui. Je lui dois donc assurément plusieurs nouveaux DXCC (ATNO - All Time New One) dans mon log.

Bref, c'est un très bel appareil dans un shack et qui est très agréable à utiliser... lorsque -bien entendu- il fonctionne correctement.

 

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