En 2015, j'ai fait un chèque qui a fait frémir mon banquier, mais qui a fait vibrer mon coeur de radioamateur : j'ai craqué pour l'Icom IC-9100. Douce folie ? Peut-être. Regrets ? Aucun. Douce nostalgie ? Un peu, surtout quand je regarde les stations des copains équipées d'écrans tactiles 4K dignes d'une Tesla, alors que mon fidèle compagnon affiche fièrement des cristaux liquides monochromes qui rappellent les grandes heures d'un Radio-Shack / Tandy des années 90. Alors oui, son design a pris un coup de vieux... Mhhh, en fait, non: à sa sortie, des transceivers avec écrans tactiles couleur existaient déjà,
alors il faut reconnaître que dès sa sortie en 2010 (et donc d'autant plus en 2015), il était déjà vraiment vieillot d'aspect ! ![]() Le "All-in-One" ultime (avec option 1,2 GHz incluse, s'il vous plaît) Je suis un Yaesu-boy à la base. Avec Icom, les options sont souvent légion, et font rapidement monter la note. Mais quand j'ai configuré mon appareil à l'époque, je n'ai pas fait les choses à moitié. Pour commencer, j'ai ajouté le graal: le module UX-9100, module optionnel pour le 23 cm (1,2 GHz). Pourquoi ? Parce que quitte à avoir un transceiver décamétrique (HF/50 MHz) et VHF/UHF, autant pousser le concept du "Shack dans une seule boîte" jusqu'au bout. Trafiquer sur 1,2 GHz, c’est entrer dans un club un peu d'élite (ou de doux-dingues, c'est selon). À ces fréquences, la moindre feuille d'arbre mouillée devient un mur de béton. Mais quel pied quand ça passe ! Grâce à cette option, l'IC-9100 se transforme en machine à chasser le DX sur des bandes presque désertes, en SSB (ou en FT8). Avec ses petits 10W, mon record de distance sur cette bande doit être quelque part, dans la campagne du sud du Danemark. Pour les curieux, voici un rapide coup d'oeil à l'architecture de ce que j'ai sous la main avec ce transceiver:
Le D-Star : Le numérique en version "canal historique" En seconde option, j'ai ajouté le module D-Star (via le module UT-121) et là, c'était le futur. Aujourd'hui, face au DMR ou au C4FM, certains trouvent le protocole d'Icom un peu rigide. De mon côté, je l'aime bien: l'audio est propre, même si la configuration est un peu complexe quand même. Hélas, les relais DStar se sont un peu évaporés de mon secteur depuis, alors je ne pratique plus trop ce mode. On regrettera quand même l'absence de la possibilité dans ce mode de faire de la full transmission de données (envoyer / recevoir des photos par exemple), ce que savent pourtant faire les modèles ICOM plus récents par exemple, avec l'application RS-MS1. Icom n'a jamais ajouté l'IC-9100 dans la liste des transceivers gérés. (Ca ressemble étrangement au même problème rencontré par le Yaesu FT-991 et son C4FM incomplet) ![]() Notez au passage, que DStar + HF = QSO en DStar possibles sur les bandes décamétriques ! Il y avait une poignée de fondus qui le pratiquaient sur 20 et 40m à une époque... pas sûr que la pratique perdure encore, d'autant que ça fait tout de suite dans les 15 kHz de bande passante occupée.
Oxo ? Ici la Terre !Le grand frisson avec cette radio, c'est le mode Satellite. L'IC-9100 gère le mode tracking normal et inversé (Full Duplex). On peut écouter son propre retour de voix descendant du satellite pendant qu'on émet sur la fréquence montante. On se prend vite pour un ingénieur de la NASA, même si on est juste assis en charentaises dans son bureau. Dans le même ordre d'idée, la fonction AFC (Automatic Frequency Control) permet en FM, de compenser le décalage Doppler des satellites: c'est super pratique quand on décode des transmissions SSTV provenant de l'ISS, par exemple. Une bête technique sous une robe vintage D'un point de vue purement technique, l'IC-9100 est une radio de transition fascinante. Ce n'est pas encore du SDR (Software Defined Radio) à échantillonnage direct comme l'IC-7300, mais une architecture à triple changement de fréquence ultra-robuste avec une FI (Fréquence Intermédiaire) à 64 MHz, épaulée par un DSP 32 bits.
Et puis, il y a cette polyvalence folle. L'appareil possède deux récepteurs totalement indépendants (HF/50 d'un côté, VHF/UHF/1,2GHz de l'autre). Je peux surveiller le trafic local sur 430 MHz tout en lançant des appels en FT8 sur le 2m ou sur la HF. Le tout avec une seule alimentation et un encombrement minimal sur la table. Il pilote sans problème ma batterie de préamplis VHF / UHF 70cm présents sur le pylone en assurant leur mise en service et la commutation automatiquement. J'ai aussi ajouté depuis quelques années un ampli Gemini pour le 1,2 GHz et la cohabitation se passe parfaitement. Après toutes ces années... toujours le grand amour ? Il est incontestable qu'il y a désormais bien mieux pour les bandes HF ou même pour le combo VHF/UHF/1.2GHz, mais oui, absolument. Alors oui, quand on voit les cascades d'eau (waterfalls) ultra-fluides et en couleur des transceivers modernes, son petit écran pâlichon rétroéclairé blanc a l'air de sortir d'un film de science-fiction des années 80. Par exemple, pour (entre)voir le spectre, il faut utiliser une fonction "Scope" rudimentaire qui coupe l'audio pendant le balayage (le fameux "clac-clac" nostalgique). No comment... ![]() Mais sur le plan des performances pures, de la sensibilité des récepteurs et de la fiabilité, il n'a pas pris une ride. Une fois débridé, il est capable d'aller sur le 60m (ou le 27 MHz... et le 446MHz...). On peut cependant lui reprocher une ou deux petites choses encore: - Le réglage de la puissance se fait par un unique mini-potentiomètre et pour toutes les bandes en même temps. Aujourd'hui, on a souvent un réglage de puissance par bande, bien plus pratique. - Le bruit de la ventilation en VHF/UHF est bien plus présent que lors de longues transmissions en HF-décamétrique, témoin qu'il chauffe d'avantage sur ces bandes. Avec 100W en VHF et 75W en UHF, on peut comprendre. - Sa stabilité en fréquence n'est peut-être pas au top pour des transmissions étroites de type WSPR sur les bandes VHF et UHF (oui, à une époque, il y avait des amateurs de WSPR sur ces bandes !). Mais aucun problème pour y transmettre du FT8 et encore moins pour de la phonie, bien entendu. ![]() Pour conclure
Depuis 2015, il s'allume tous les jours au premier quart de tour, prêt à décoder les signaux les plus faibles du fond de l'espace ou de l'autre bout de la Terre.
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